De la part de la rédactrice

Au seuil du vingt-et-unième siècle, les écrivains de SF Canada se sont réunis, se sont regardés entre eux et se sont dit «Nous sommes un groupe de futuristes. Pourquoi est-ce que nous publions notre bulletin à l'ancienne, sur du papier? Pourquoi ne pas épargner des arbres et entrer dans le nouveau siècle?» D'accord, j'exagère un peu et j'embellis le dialogue. Nous ne nous sommes pas décidés tout d'un coup et, je l'avoue, il a fallu que divers membres nous narguent à ce propos au fil des ans pour que nous en arrivions à cette importante décision. Mais finalement c'est devenu officiel à la dernière assemblée générale et ce que vous avez sous les yeux en est le résultat. Les membres et les autres personnes intéressées ont accès à Communiqué via le site web www.sfcanada.ca, bien que les membres n'ayant pas accès à Internet puissent recevoir une copie imprimée.

Communiqué a une allure différente mais il présente le même genre d'informations qu'auparavant. Toutefois certaines chroniques, comme les nouvelles des membres, se trouvent désormais sur le site de SF Canada. Dans le bulletin, vous trouverez des articles écrits par les membres, des informations sur le marché de l'édition et des nouvelles de l'exécutif de SF Canada. Bien entendu, comme ce format électronique est nouveau, le bulletin continuera de se développer. Il va sans dire que la contribution de tous les membres est bienvenue (en particulier si vous voulez fournir des articles!).

De plus - et voilà bien la beauté de la chose - les numéros précédents de Communiqué seront disponibles dans la section archives (à partir de ce numéro-ci, à tout le moins). Cela signifie, par exemple, que vous pourrez retourner voir les informations sur le marché de l'édition, rubrique que nous mettrons à jour à mesure. Voilà une source de renseignement extrêmement utile, pour laquelle nous remercions Douglas Smith et divers membres québécois. Dans sa chronique sur le marché (qui est limitée à l'anglais dans ce numéro seulement), Douglas Smith offre des conseils judicieux sur l'envoi de nouvelles à des publications non-anglophones et il fournit des renseignements de première source sur ces publications. Nous ne pourrions faire mieux pour vous à moins de poster nous-mêmes vos nouvelles à votre place! Vous trouverez aussi un sommaire mis à jour des marchés francophones dans «Débouchés», dans la version française de ce bulletin. (Nous aimerions voir quelqu'un nous faire part de ses stratégies d'auto-promotion pour cette chronique.)

Communiqué étant une publication bilingue, elle requiert le dévouement de plusieurs personnes, en particulier ceux de nos vaillants traducteurs, Daniel Sernine et Jean-Louis Trudel. Nos remerciements à tous les deux, ainsi qu'à nos collaborateurs, qui sont tous membres de SF Canada.

Notre article principal, dans ce numéro, nous vient d'Esther Rochon, dernière gagnante du Grand Prix de la Science-fiction et du Fantastique québécois pour son roman Or paru en 1999. Elle nous fait part de ses réflexions sur les influences qui l'ont amenée à écrire de la science-fiction et le cycle infernal en particulier. Cet article a paru à l'origine dans Lovecraft Studies 35, automne 1996, pages 1 à 8, et a été traduit par Jean-Louis Trudel pour Communiqué.

Nous voici donc, les pieds plantés fermement (et virtuellement) dans deux siècles différents. Avec ce nouveau numéro de Communiqué, nous risquons un pas vers l'inconnu et le nouveau. Nous aimerions beaucoup recevoir de vos suggestions, lecteurs et membres, ainsi que de nouveaux sujets d'articles. Peu à peu nous entrons dans le futur; il n'y a pas de retour possible.

-Mici Gold



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Le mot du Président de SF Canada

Si le nouveau millénaire n'est pas encore arrivé (et, appuyé en cela par le calendrier, j'affirme qu'il n'arrivera qu'avec l'an 2001), en tout cas il est assez proche pour que nous le sentions. Et il ne ressemble pas tellement à ce que la plupart d'entre nous avons passé les dernières décennies à prédire. Nous ne vivons pas dans de grandes cités orbitales, les voitures ne volent pas, nous ne mangeons ni pilules ni repas d'astronautes, les robots ne marchent ni ne parlent comme des humains. Personne n'a mis au point d'engins supra-luminiques capables de propulser des vaisseaux vers les étoiles en quelques minutes plutôt que quelques siècles.

Le futur réel ne semble avoir ni l'envergure ni le romantisme qui puissent inspirer de splendides illustrations pour les couvertures de livres de SF. Ce qui ne veut pas dire que tout est pourri. Entre autres, nous avons réussi à éviter la destruction de l'humanité (et de la plupart des autres espèces terrestres) par une guerre nucléaire totale. Mis à part les soubresauts du marché, l'économie va son petit bonhomme de chemin, les gouvernements réalisent des excédents budgétaires, et si les grands projets ambitieux se font rares pour le moment, c'est peut-être aussi bien. Peut-être que le futur à la Chris Foss, avec ses vaisseaux hauts de vingt étages et ses spatioports grands comme l'Australie, n'a jamais vraiment été dans les cartes. Peut-être est-ce désormais l'époque des ambitions réalisables. Ce qui m'amène à parler de SF Canada, et d'une vision réalisable de ce qu'elle pourrait être, je l'espère, dans les premières années du nouveau millénaire.

Comme le savent plusieurs d'entre vous, je suis votre nouveau président. J'ai pris la tâche en janvier, succédant à Jean-Louis Trudel qui nous a guidés à travers une période extrêmement difficile — une période qui s'est avérée, à son plus creux, carrément démoralisante pour les membres et l'exécutif. Pour cela, Jean-Louis mérite notre reconnaissance. (Et notre argent. Que ceux d'entre vous qui ont oublié d'envoyer leur chèque pour la cotisation supplémentaire de dix dollars, afin d'aider à rembourser les dépenses payées par Jean-Louis de sa propre poche durant l'affaire des détournements de fonds, considèrent ceci comme un rappel.)

Ces prochains mois, je ferai de mon mieux pour continuer le travail de Jean-Louis. Dans certain cas, je suivrai davantage l'esprit que la lettre de son testament. Par exemple, plus tôt cette année nous avons sérieusement envisagé une alliance administrative avec PWAC (l'Association des écrivains professionnels du Canada). Malheureusement, une telle alliance s'est avérée hors de portée de nos moyens budgétaires. Ces prochains mois, l'exécutif engagera donc plutôt un administrateur à temps partiel issu de nos rangs. Pour SF Canada, cela voudra dire un bureau et un employé, et nous pourrons commencer à fournir de façon plus fiable les services que nous voulons offrir à nos membres.

Le bulletin, en majeure partie, deviendra électronique. Nous fournirons encore le bulletin par la poste aux non-branchés, mais nous faisons le pari que ces membres s'avéreront peu nombreux. Et nous nous paierons le luxe de contempler encore un peu notre nombril. L'assemblée générale de SF Canada aura lieu cet été dans le cadre de Toronto Trek, et j'aimerais entre autres apporter à cette réunion une sorte de manifeste, un document mettant de l'avant un véritable plan d'action, réalisable, pour les prochaines années. Pour ce faire, j'aimerais voir les membres s'exprimer publiquement sur la liste de discussion SF Canada, ou alors me contacter personnellement par courriel ou par téléphone.

Je ne suis pas sûr que nous soyons en mesure de fabriquer des vaisseaux spatiaux ni des robots humanoïdes futés à l'accent britannique. Mais je crois qu'on peut parier avec assurance sur un avenir où SF Canada continuera d'exister en tant qu'organisation utile et pertinente au service de ses membres.

-Dave Nickles


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Le mot du Président sortant de SF Canada

Le trou de l'aiguille

L'ultime année du vingtième siècle est l'occasion rêvée de tirer des bilans. En tant qu'auteurs de SF, nous avons fait du chemin, mais nous risquons néanmoins d'être rattrapés par une série de métamorphoses qui promettent — ou menacent — d'affecter notre métier. L'édition est en pleine mutation: les lectorats stagnent et les éditeurs ont réagi en sortant toujours plus de titres. L'industrie tout entière est au seuil d'une ère de transformations qui pourrait en faire une simple annexe du commerce électronique, tandis que l'impression sur demande pourrait s'avérer aussi capitale que l'invention même de l'imprimerie. La science-fiction aussi change: dernièrement, mis à part les ouvrages de SF médiatique, elle n'a guère produit de bestsellers dans le marché crucial des États-Unis. Les grands conglomérats de l'édition tolèrent difficilement les initiatives qui se contentent d'être profitables, comme on l'a vu lors des mises à mort de Science Fiction Magazine en France et de SF Age aux États-Unis, aux mains de leurs propriétaires corporatifs. Les questions s'accumulent: les éditions de poche à grand tirage sont-elles encore profitables? où est la relève du fandom? reste-t-il de la place pour des ouvrages de qualité à mi-chemin entre les bestsellers et les chefs-d'\oe uvre? le futur de la SF se trouve-t-il du côté du cinéma, de la télévision, des jeux vidéo? l'industrie actuelle du livre devra-t-elle passer par le trou d'une aiguille pour gagner son paradis numérique? Mais elles se résument à à la question suivante: quels seront au juste les dividendes de l'écriture de science-fiction dans vingt ans, de l'autre bord de la transition à l'édition numérique?

Il est peut-être futile de s'en faire, ou trop tôt. Pour la première fois, il existe une communauté canadienne de créateurs en SF qui peuvent se targuer de vingt années de réalisations passées tout en regardant vers l'avenir. C'est un accomplissement qu'il faut savourer et méditer, si ce n'est que pour mesurer sur quoi il s'est édifié: le dévouement des pionniers de l'édition de revues, l'audacité des premiers anthologistes, les ateliers d'écriture opérant discrètement dans les coulisses pour former une relève, les concours d'écriture, les congrès, la fondation de SF Canada... Cette dernière association est l'incarnation concrète de la nouvelle communauté des années 80 et elle reflète certains de ses tiraillements, même si elle n'englobe certainement pas l'ensemble des auteurs canadiens de SF.

Que faut-il retenir du passé? Même s'il s'est écrit et publié de la SF au Canada pendant plus d'un siècle, ce n'est pas avant les années 70 que des petits groupes de créateurs tant francophones qu'anglophones se sont constitués pour prendre leur envol. L'épanouissement eut lieu durant les années 80: les fanzines québécois sont devenus de véritables revues, des prix littéraires pour la SF ont été créés, des anthologies ont été lancées en français et en anglais, des collections spécialisées sont nées chez de petits éditeurs et ont duré assez longtemps pour faire paraître plus d'un livre, un magazine albertain s'est adressé aux lecteurs anglophones, et SF Canada est venu au monde. Ce fut une époque d'initiatives et de consolidation, grâce en partie aux apports des Canadiens venus d'ailleurs: Judith Merril, Norbert Spehner, Spider Robinson, Jean-Marc Gouanvic, William Gibson, Élisabeth Vonarburg, Monica Hughes, Catherine Saouter Caya, Eileen Kernaghan... Ensuite, ce fut au tour des auteurs d'ici de se faire publier en France et aux États-Unis. Les années 90 ont aligné les reculs, les percées, une certaine professionalisation et l'émergence d'une nouvelle génération d'auteurs: Robert J. Sawyer, Yves Meynard, Dave Duncan, Peter Watts.

La consolidation n'a pas eu lieu sans des sacrifices et des reculs: nous avons perdu des collections comme Sextant chez Québec/Amérique et la revue imagine..., tandis que les incursions de maisons d'éditions anglophones, comme Penguin Canada et McClelland & Stewart, dans l'édition de SF ont été brèves et sans lendemain. L'évolution du professionnalisme a suivi des trajectoires différentes dans les milieux anglophones et francophone, à un tel point que leurs situations respectives peuvent apparaître comme des reflets inversés l'une de l'autre. D'une part, des écrivains professionnels sont apparus, en prise sur le marché nord-américain: William Gibson, Spider Robinson, Robert J. Sawyer, Dave Duncan, Charles de Lint, Nalo Hopkinson, Phyllis Gotlieb et plusieurs autres, tandis que la seule maison d'édition spécialisée anglophone a passé plus de temps à surmonter les obstacles qu'à s'imposer. D'autre part, une maison d'édition québécoise extrêmement compétente, Alire, s'est fait une place, tandis que les auteurs francophones ont pour la plupart fait le saut... vers l'écriture à temps partiel afin de se garder du temps pour des emplois plus payants.

Pendant ce temps, les gouvernements ont gelé leur soutien de la culture ou se sont carrément retirés de ce domaine. Pourtant, comme on l'a vu avec la motion Riis en faveur d'une exemption fiscale pour les écrivains et les artistes (inspirée de mesures semblables en Irlande et au Québec), ils ont encore un rôle à jouer, s'ils l'assument.

Mais quel rôle SF Canada peut-il jouer dans cette conjoncture? Face aux gouvernements, l'association peut faire entendre la voix des écrivains de SF lorsque de nouvelles politiques culturelles sont forgées, et aussi lorsque le milieu de l'édition adopte de nouveaux standards — comme dans le cas des droits électroniques, par exemple.

Face aux éditeurs, pouvons-nous faire plus qu'offrir nos avis sincères? Il y a dix ans, Robert Runté écrivait dans SWACCESS 7 qu'il est inutile de vendre un livre à un éditeur si l'éditeur ne va pas le vendre à son public. SF Canada n'a pas pour mandat d'inciter les éditeurs à faire plus de marketing; les impératifs commerciaux devraient suffire à les encourager à le faire. Cependant, SF Canada pourrait promouvoir les auteurs eux-mêmes, à condition que tous les membres admissibles puissent en bénéficier.

De même, pouvons-nous aider nos membres francophones à se gagner plus de lecteurs en Europe? En France, le milieu de l'édition change de bâton plus souvent que Tiger Woods et c'est loin d'être clair qu'une association canadienne puisse intervenir. Certes, nous pourrions, par exemple, solliciter des subventions afin de partager un stand avec un petit éditeur comme Orion lors du Salon du Livre de Paris, puisque Orion a publié quelques Canadiens. Mais il semble difficile de faire plus.

Enfin, pouvons-nous freiner la marée numérique, ou bien l'apprivoiser? Cela peut sembler absurde, mais c'est peut-être bien sur ce front que SF Canada peut jouer le plus grand rôle, en créant une vitrine pour nos ouvrages et un carrefour pour les auteurs canadiens de SF. De mon temps, nous avons fait les premiers pas, en fondant des listes de renvoi, des sites sur la Toile et des liens avec TERLA. Maintenant, c'est au tour d'une nouvelle génération de relever ce défi.

Ou d'en définir un nouveau.

-Jean-Louis Trudel



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Biographies des auteurs

Mici Gold

Mici Gold est une botaniste, une poète et une mystique. Ses poèmes sont parus dans Northern Frights, Transversions et, prochainement, On Spec. Elle vit à Toronto où elle a servi comme secrétaire de la Société nationale pour la science-fiction et le fantastique et où elle participe à l'administration du prix Sunburst.

Dave Nickle

David Nickle est l'auteur de nombreuses nouvelles; il a signé avec Karl Schroeder le roman The Claus Effect. Ses œuvres ont été adaptées pour la série télévisée The Hunger et réimprimées aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada. En 1998, il a remporté avec Edo van Belkom un prix Bram Stoker pour leur nouvelle commune "Rat Food". En 1993, il a remporté avec Karl Schroeder un prix Aurora pour leur nouvelle "The Toy Mill".

Esther Rochon

"Née le 27 juin 1948 à Québec, résidant à Montréal, Esther Rochon a fait des études supérieures en mathématiques à l'université de Montréal, obtenant une maîtrise en 1969. Commençant à écrire tôt, elle obtient le Premier Prix (ex aequo) , section Contes, du Concours des Jeunes Auteurs de Radio-Canada 1964. Au début des années 70, elle est rédactrice de manuels techniques d'informatique pour la Société STRTC. En 1974 paraît son premier roman, En Hommage Aux Araignées. Membre fondatrice d' Imagine... Elle remporte en 1986, 1987, 1991 et 2000 le Grand prix de la science-fiction et du fantastique québécois grâce entre autres à ses romans L'Épuisement Du Soleil, Coquillage (translated and published in English as The Shell by Oberon Press) , L'Espace Du Diamant et Or et de nombreuses nouvelles. Elle est un des auteures majeures de la SF et du Fantastique Québécois." (L'Année de la Science-Fiction et du Fantastique Québécois 1997.)

Douglas Smith

Cette rubrique est la première d'une série par Douglas Smith sur la mise en marché des nouvelles de science-fiction et de fantastique. Les textes de Doug ont été publiés dans sept pays et en cinq langues, paraissant entre autres dans Amazing Stories, Interzone, Cicada, The Third Alternative, Tesseracts 6, Prairie Fire et, tout dernièrement dans l'anthologie Treachery & Treason chez Penguin. Quatre fois finaliste pour le prix Aurora de la meilleure nouvelle de SF canadienne en anglais, il a deux textes parmi les finalistes de cette année. Deux de ses nouvelles ont récemment obtenu des mentions honorables du Year's Best Fantasy & Horror # 13.

Jean-Louis Trudel

Né à Toronto, Jean-Louis Trudel est diplômé en physique, en astronomie, et en histoire et philosophie des sciences. Écrivain de science-fiction fort occupé, il est l'auteur de deux romans parus en France, plus de quinze livres pour jeunes, de nombreuses nouvelles en français et d'une poignée de nouvelles en anglais. Quand il en a le temps, il s'adonne aussi à la traduction et à la critique littéraire.

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